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Le préau des collines
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Une revue-fenêtre, des textes inédits, des poèmes des numéros spéciaux consacrés aux ateliers d’écriture à Michèle Desbordes, Christiane Veschambre, Marcel Cohen, Mathieu Bénézet, et bientôt Jean-Paul Michel...

Couves revues


Michèle Desbordes
Éléments pour une biographie (du rêve)

L’enfance, l’adolescence
écrire, en même temps que le commencement d’une analyse, longtemps - toujours en réalité - tenue pour comparable à la démarche d’écriture, en cela que les mots mis les uns avec les autres ne peuvent que vous conduire vers l’inconnu. Vers l’univers intérieur qui attend d’être représenté, reconstitué.
Premiers textes : les poèmes sur le silence, tous rassemblés et publiés plusieurs années plus tard (1986) par Arcane 17, sous le titre : Sombres, dans la ville où elles se taisent. Il se trouve qu’à ce moment-là, c’est-à-dire le jour-même où le livre sortira en librairie je quitterai - et pour longtemps - la France. J’aurai alors l’impression de jeter une bouteille à la mer.
En 1981 à Bruxelles, au théâtre de la Monnaie, j’assiste à une représentation du Woyzeck de Berg. Ce spectacle, mis en scène par Neugebauer, je le crains à peu près inconnu aujourd’hui, allait, par sa grande beauté et son désespoir, sa sourde violence, (r)éveiller en moi une voix éteinte, étouffée, m’indiquer ce que signifiaient mes balbutiements, mon désir-besoin d’écrire. J’ai ce soir-là véritablement l’impression de découvrir ailleurs qu’en moi mon propre univers, mes propres obsessions. Je commence un récit, bâti autour de Woyzeck, plus exactement du personnage-Woyzeck mais aussi de l’acteur-Woyzeck, récit maladroit en ce qu’il hésite entre la prose et la poésie, et qu’il est en quelque sorte interdit de narration : je m’interdis de raconter une histoire, je ne veux pas savoir, moi qui écris, quelque chose que je raconterais à un lecteur. Je ne veux pas dire les choses. Ce texte inabouti, impossible à écrire, devait 20 ans plus tard, devenir, non pas avec Woyzeck mais avec un personnage-frère, Le Commandement.
Double pages

A peu près à la même époque je découvre dans une grande émotion, un bouleversement total, le théâtre de Tadeusz Kantor. Cette découverte, véritable choc esthétique, me confirme la hantise que j’ai, d’un personnage « agi », « voulu » par d’autres que lui. La marionnette, le pantin, l’homme fait par ses habitudes. La répétition insensée. Celui qui ne veut rien de sa propre vie.

Départ pour la Guadeloupe en 1986, où j’ignore que je vais rester presque 8 années. Quelque chose comme un exil, en raison notamment de l’impossibilité administrative de mon retour. Découverte de Haïti et de la Guyane. Désir très fort d’aborder le romanesque en écriture. Plus précisément de m’approprier les « outils » du roman pour raconter non pas une histoire mais une absence d’histoire. Ce sera L’Habituée, où il est question du silence, du regard (le rôle du regard), de l’habitude et de la résignation. De ce que j’appelle l’inaccompli. Achevé en France en 1995.

Un jour de février 1996, alors que j’en suis à la 50ème page d’un roman qui se passe dans les Ardennes (un écrivain et son serviteur), je vais à Chambord, dont je hante régulièrement les abords, mais où je n’ai jamais pénétré. Me trouvant au pied de cet immense et fabuleux escalier, je me mets à penser à Léonard, (créateur vraisemblable du-dit escalier) et non pas parce que je m’intéresse particulièrement à Léonard, mais en raison de cet exil qu’il a voulu à la fin de sa vie et de ce qu’il peut signifier, ce que ça peut signifier de partir mourir à l’étranger. Alors La Demande est là, avec son huis-clos, ce face-à face du maître et de la servante, et très fortement inspirée, dans ses prémisses, par le haïku japonais, la description de l’instant, de son éternité.
Puis en 1999, à la demande de Jean-Yves Masson, retour inattendu à la poésie pour Le Nouveau Recueil sur le thème de la frontière. C’est la marche de Hölderlin de Bordeaux à Nürtingen. Les frontières du dedans. Celles du dehors. Et une sorte de lyrisme avec lequel j’ai envie de renouer. Presque amoureusement. Envie d’écrire un long poème narratif.